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S2E8 - Aller simple pour Ombreterre, partie 2

Posté : 13/09/2026 à 18:22
par blank
Chère Risa,

Je sais combien vous appréciez les récits des aventuriers, presque autant que les légendes anciennes, donc je me permets de continuer à vous narrer les péripéties que je vis depuis que j’ai quitté Pointesable avec ce petit groupe dépareillé. C’est ma bien maigre manière de vous remercier pour toutes ces années d’enseignement.

Ma lettre précédente s’achevait dans le réservoir des égouts, alors que nous avions péniblement réussi à nous débarrasser des derniers rats-garous qui nous avaient attaqués. Après avoir repris nos esprits quelques instants, et pour ma part bénéficié de soins prodigués par Arannis, nous sortîmes de cette pièce, moi sur le dos d’Agorn, et Astal toujours sous l’emprise de son hydromel. Le couloir que nous trouvâmes était enfin au sec, un vrai plaisir après les écoulements putrides des égouts. Une grande porte nous faisait face, solidement barricadée de l’intérieur car même les outils de crochetage de Mad ne nous furent d’aucune aide. Il brisa d’ailleurs un ustensile, à son grand désespoir.

Cet échec fit prendre à Agorn la décision de prendre le couloir de droite. Fort heureusement il détecta un piège sous la forme d’un fil tendu, qui sait dans quelle chausse-trape nous serions tombés sans sa vigilance ? Au bout de ce couloir, une nouvelle porte, qu’Agorn entrouvrit délicatement pour découvrir une pièce inoccupée, mais pas vide pour autant : une bonne quantité de chaudrons chauffaient sur des feux, dégageant une odeur pestilentielle. Pour sûr, la soupe qu’ils contenaient n’allait pas constituer notre repas du soir, ou du matin, la notion du temps m’échappait dans ces souterrains. Le long des murs, sur des étagères, nous pouvions voir des bocaux emplis d’organes animaux divers, de plantes, de potions. Bref, un attirail alchimique qui aurait sans nul doute éveillé la curiosité du vieux Markus Delvis. Mon regard fut d’ailleurs attiré par des bocaux scellés contenant des champignons fluorescents que je n’avais jamais vus. Visiblement Astal aussi était intriguée puisqu’elle fut plus rapide que moi à s’emparer des trois bocaux.

Pendant que nous nous perdions en contemplation, Agorn ne perdait pas de temps et écoutait déjà à la porte suivante, à l’autre bout de la pièce. Des bruits de voix lui parvenant, il en fit part à Mad qui décida d’ouvrir doucement la porte et de la passer. Nous lui emboitâmes le pas pour déboucher dans une imposante salle sombre. Les rares lueurs nous permirent de constater que des cages pendaient du plafond, et les bruits environnants prouvèrent qu’elles étaient occupées. En espérant qu’il n’était pas trop tard pour Smelk, nous prîmes la suite de Mad qui progressait discrètement en direction d’une porte, visible plus loin. Malheureusement, la stature d’Agorn, qui le suivait de près, le fit percuter une cage qui vint ensuite frapper la tête d’Astal. Les jurons qui leur échappèrent finirent d’alerter les gardes, qui sur un ordre provenant d’une voix féminine se hâtèrent dans notre direction. La discrétion étant devenue obsolète, Arannis chargea les deux gardes, soutenu par Astal et les projectiles magiques de sa baguette. Mad avait quant à lui eu la présence d’esprit de se dissimuler dans un recoin, non loin de moi. Je tentai d’aveugler un des deux gardes sans succès. En représailles, celui-ci lança une fiole dans ma direction. Elle explosa au sol, me blessant assez sérieusement, ainsi qu’Agorn et Mad.

Le tapage finit par sortir Smelk de la torpeur dans laquelle ses ravisseurs l’avaient plongé. Les échos de sa voix nous permirent de le localiser ; nous n’arrivions pas trop tard ! Agorn courut à son secours et entreprit de faire descendre la cage contenant notre compagnon.

Pendant ce temps, Mad sortait de sa cachette, fondant sur le dos du rat-garou qui faisait face à Arannis. Un coup bien placé et le garde s’effondrait au sol. La situation n’était pas aussi favorable de mon côté, puisqu’une créature sortie de l’ombre m’assena un coup de rapière avant de disparaître aussi vite qu’elle était apparue.

Après avoir dégagé son arme du cadavre du premier garde, Mad traversa la pièce pour venir s’en prendre au rat-garou alchimiste. Son assurance à courir sur la grille qui constituait le sol au centre de la salle m’impressionne encore. Il a beau être le plus filou d’entre nous, il n’est pas le moins courageux, loin s’en faut !

Il faut croire que le coup porté par l’Ombre avait autant atteint mes capacités physiques que mentales puisque je fis l’erreur de sortir le parchemin de détection de l’invisibilité que nous avions trouvé quelques jours auparavant, et l’utiliser sans succès. Un tel artefact ne s’utilise pas à la légère, j’aurais dû d’abord tenter d’éclairer les lieux, mais apparemment mes compagnons ne m’en tiennent pas rigueur. Cette bourde valut une blessure à Astal, puisque c’est à elle que l’Ombre s’en prit ensuite.

Heureusement, Agorn mettait à profit l’occupation des ennemis pour crocheter la serrure de la cage retenant Smelk et lui tendre sa dague (ou son cure-dents, selon l’appréciation du barbare). Aussitôt libéré et armé, Smelk chargea l’alchimiste et roula au sol avec lui. Profitant de cette aide bienvenue, Mad porta un coup sur le rat-garou. Le rire de ce dernier sembla toucher l’orgueil du Nain, puisqu’il le cloua furieusement au sol de la pointe de son épée.

C’est alors que nous entendîmes un cri déchirant. Arannis avait essayé de rejoindre Astal pour la protéger de l’Ombre mais ses forces l’avaient abandonné. Il gisait au sol, impuissant, hurlant “Elle m’a abandonné, je suis perdu, je suis maudit !”. Il finit par se lever et tituber jusqu’au mur le plus proche, en proie à un terrible désespoir.

Ma crainte pour notre compagnon dut cependant passer au second plan. L’Ombre se préparait probablement à sévir de nouveau, donc je me concentrai une seconde pour amener mes lumières dansantes à l’endroit où elle avait disparu. Cela eut pour effet de la faire fuir, sous les quolibets d’Astal, en direction d’Agorn qu’elle attaqua. Ni le sort d’Astal, ni ma sphère de feu ne parvinrent à l’atteindre, ni même à la décontenancer. En effet, elle se désengagea et se précipita vers Smelk et Mad, toujours aux prises avec l’alchimiste. Ce dernier, décidément dur au mal, se relevait et l’attaque conjointe de mes deux compagnons n’y changea rien. Bien au contraire, il blessa Smelk, plus vulnérable sans son armure. Ce fut Mad qui mit fin au combat, en plantant sa lame dans le dos de la créature, qui s’écroula. Voyant sans doute les choses tourner en sa défaveur, l’Ombre se métamorphosa en rat et nous la perdîmes des yeux dans la pénombre de la pièce. Ainsi fuyait notre chance d’offrir au clan des Voor la domination des tunnels, ce qui aurait pu nous valoir quelques faveurs de leur part.

Nous n’eûmes pas le temps de souffler, puisque c’est à ce moment que les grandes portes, situées sur la droite de celle que nous avions empruntée, commencèrent à se fermer. Mad, n’écoutant que son courage ou sa folie, s’y précipita, nous entraînant à sa suite. Après une brève lutte, lui et Smelk parvinrent à stopper la fermeture des portes. Elles étaient poussées par deux créatures d’une race que je n’avais jamais vue auparavant : pas plus hautes que moi, la peau bleue, et des lunettes grillagées sur le nez. La pièce dans laquelle nous avions fait irruption était occupée en son centre par un gigantesque trou, au-dessus duquel pendait une cage, accrochée à une grue. Dans la cage, un homme nous implorait de le libérer. Nous avions manifestement interrompu sa descente dans les entrailles de la terre.

Alors qu’Astal utilisait sa baguette pour attaquer les deux créatures bleues, la pièce tomba soudain dans une obscurité totale, mes lumières dansantes s’évanouissant sans que je puisse les raviver. Collectivement, nous prîmes un peu de recul, pendant que Mad lançait une fiole trouvée sur le cadavre de l’alchimiste, mais qui ne sembla pas atteindre sa cible. De son côté, Arannis tenta de soigner Astal à l’aide d’une baguette, mais sans y parvenir. Je le vis la tendre à notre compagne, avec un air désabusé. Dans les mains de la Demi-Elfe, la baguette fonctionna. Je réalisai alors que la chute d’Arannis aurait peut-être des conséquences durables…

Mad, Astal et moi furent alors victimes d’attaques particulièrement déstabilisantes. Mad commença par succomber lui aussi au désespoir et s’éloigna du combat, des pleurs dans la gorge, tandis qu’Astal et moi entendîmes arriver sur nous une troupe de rats-garous. Je me retournai pour lancer mes lumières dansantes en direction des bruits, mais au lieu de l’escouade que nous nous attendions à découvrir, nous ne vîmes qu’Agorn qui fuyait les lieux. Ce fut Arannis qui nous sortit de l’illusion lancée par les créatures bleues, en nous donnant une claque bien appuyée à chacune.

Pendant ce temps, Smelk avait entrepris de longer le mur, dans le noir, afin de délivrer le prisonnier. Je ne sais par quel miracle, il atteignit le levier actionnant la grue, et mit le mécanisme en branle. La vacarme occasionné attira l’attention des créatures bleues qui décochèrent toutes deux des carreaux de leurs arbalètes, touchant le barbare qui s’écroula inconscient.

L’obscurité complète persistait dans la pièce. Mes lumières dansantes ne voulaient pas apparaître, pas plus que mon sort d’illumination qui aurait au moins permis d’apercevoir nos ennemis. Arannis donnait des coups dans le vide, et même la vision nocturne de notre ami Nain ne lui était d’aucune utilité. Astal eut alors la bonne idée d’utiliser son pouvoir lui permettant de visualiser la magie pour repérer les créatures et nous les indiquer. J’entendis une confusion là où elles se trouvaient, et les ténèbres se dissipèrent pour révéler qu’une des deux créatures avait disparu, était-elle tombée dans le gouffre ? Toujours est-il qu’Arannis risquait fort de suivre ce chemin. Il se tenait en effet sur le rebord du puits, désorienté ou désireux d’en finir, je ne pus le déterminer. Mad fut le premier à venir en aide à notre ami, le ceinturant pour l’empêcher de tomber vers sa fin.

La créature restante levant à nouveau son arbalète, je lui envoyai un rayon élémentaire qui la toucha mais sans avoir l’air de la blesser plus que ça. De sa main libre, Arannis tenta de lui porter un coup, sans y parvenir. Ce fut à nouveau Astal qui nous tira d’affaire en marmonnant dans un langage guttural, provoquant la cécité de la créature. La seconde créature ne nous laissa aucun répit puisqu’elle choisit ce moment pour sortir du gouffre en lévitant.

Pendant que Mad courait au secours de Smelk, toujours étendu à quelques pas de là, Arannis frappait une créature de sa masse d’arme tandis qu’Astal utilisait sa baguette pour lancer des rayons sur l’autre. Celle-ci, blessée par le rayon ardent que je lui envoyai, m’envoya un carreau d’arbalète dans l’épaule. La douleur me fit pousser un cri, qui s’éteignit aussi vite que le poison courut dans mes veines. Mes forces m’abandonnèrent et je tombai à mon tour inconsciente.

La suite des événements me fut narrée par la suite par mes camarades. Smelk, ayant réussi à reprendre ses esprits, se dépêcha d’aller fouiller la pièce où il était enfermé, afin de retrouver son équipement et endosser son armure. Mad et Astal, quant à eux, utilisèrent fronde et arc court pour attaquer les créatures. Encore une fois, ce fut Mad qui donna le coup de grâce à l’une d’entre elles qui tomba vers le fond du gouffre, un trou en travers de la tête. L’autre, toujours aveugle et maintenant à court de carreaux, finit par tomber sous les flèches d’Astal. La fouille de son cadavre se révéla fructueuse : en plus de son arbalète, mes compagnons trouvèrent une bonne quantité de pièces de platines ainsi qu’une fiole d’un liquide visqueux non identifié.

Pendant que je me réveillais péniblement, le prisonnier, enfin sorti de sa cage révéla être victime d’un trafic d’humains, organisé entre les rats-garous et les créatures bleues. Celles-ci semblent venir du fond du gouffre. Gouffre tellement profond qu’un caillou lancé en son sein ne produisit pas d’écho. Smelk prit alors la décision de casser le levier permettant d’actionner le grue, et nous sortîmes de la pièce en fermant la porte derrière nous. Je pense que nous n’étions pas de taille à affronter les créatures qui nous attendaient au fond du puits, et notre groupe avait besoin de repos après cette longue virée dans les boyaux de Magnimar.

Une fouille plus approfondie de la pièce aux cages nous révéla quelques potions, une dague et une armure, un parchemin et un anneau magique. Nous trouvâmes également un coffre ouvert, et vide. Agorn s’était probablement attribué une juste rétribution pour l’aide qu’il nous avait apportée. Nous décidâmes alors de remonter à la surface, non sans avoir libéré les autres prisonniers. Le jour se levait quand nos pieds se posèrent enfin sur les pavés, sous le pont monumental qui surplombe la ville. Arannis saisit alors cette occasion pour confirmer ce que je craignais depuis sa chute : ses pouvoirs ont disparu, le laissant affaibli et à la merci du chantage de Jaster Frallino. Smelk, nous dévoilant une partie de son passé, passa alors un pacte avec notre prêtre, s’engageant à l’aider à expier ses fautes et retrouver sa déesse. Le chemin semble encore long, mais je suis sûre que la camaraderie qui soude ce groupe que j’ai rejoint nous permettra de surmonter toutes les épreuves.

J’espère avoir su retranscrire les événements tels que je les ai vécus, et je vous envoie, chère Risa, toute mon affection.

Votre dévouée,
Breeni

Re: S2E8 - Aller simple pour Ombreterre, partie 2

Posté : 13/09/2026 à 21:07
par ketikela
Mais quelle fayote cette Breeni, à poster même pas la veille...
:twisted:

Re: S2E8 - Aller simple pour Ombreterre, partie 2

Posté : 14/09/2026 à 10:55
par Myelin
waouh, je me demande comment vous arrivez à jouer tout en prenant des notes si précises!!! Bon, ok, Breeni est restée KO un bon moment, mais quand même!
Bravo pour ce récit. Risa a du être contente!
Allez, à partir d'aujourd'hui, j'instaure officiellement la règle du point héroïque offert au narrateur! :+1:

N'oubliez pas de choisir les dons et les sorts pour le passage de niveau. Même pour Arannis ! Une expiation des péchés ne doit pas être si compliquée pour le culte de la Rédemption !

Re: S2E8 - Aller simple pour Ombreterre, partie 2

Posté : 14/09/2026 à 15:40
par Don Cortisone
Très beau résumé, merci beaucoup